Management

Saison cyclonique : décider avant l'alerte, pas pendant

Un manager reçoit un message à six heures quarante du matin. L’alerte est passée en classe III. Il consulte son téléphone, il appelle sa direction qui ne répond pas encore, il écrit à son équipe une consigne qu’il devra corriger une heure plus tard. Dans l’intervalle, la moitié de l’équipe a pris la route et l’autre moitié attend chez elle sans savoir si sa journée compte.

Cela se produira encore trois ou quatre fois d’ici avril. Et l’année suivante.

Une contrainte récurrente n’est pas un imprévu

C’est la distinction qui règle l’essentiel du sujet. Un imprévu est un événement dont on ne pouvait pas anticiper la survenue. Une saison cyclonique n’est pas un imprévu : elle revient tous les ans, sur la même période, avec un système d’alerte gradué et connu de tous.

Un événement récurrent et prévisible relève de la préparation, pas de la réaction. Le traiter en réaction est un choix — rarement conscient — et c’est ce choix qui coûte cher, bien plus que l’interruption elle-même.

Car la journée perdue est visible, donc on la compte. Ce qu’on ne compte pas : l’heure passée à joindre tout le monde, les consignes contradictoires qui circulent, les gens qui prennent la route pour rien, et la conversation avec le client à qui l’on annonce un retard sans avoir de date de reprise à proposer.

Le protocole d’une page

Ce qu’il faut n’est pas un plan de continuité d’activité de quarante pages. Une page suffit, écrite en octobre, et elle répond à cinq questions.

Qui décide. Une personne nommée, un remplaçant désigné. C’est le point le plus important et le plus souvent flou. Sans propriétaire de la décision, chaque responsable tranche pour son périmètre et l’entreprise émet trois consignes différentes le même matin.

À quelle heure. Une heure limite avant laquelle la décision est communiquée — par exemple six heures trente — pour que personne ne prenne la route en attendant une information.

Par quel canal. Un seul, connu de tous, testé une fois avant la saison. Le courriel professionnel est le pire choix : personne ne le consulte à six heures du matin, et il suppose une connexion. Un groupe de messagerie fonctionne, à condition que tout le monde y soit réellement inscrit et que le test ait été fait.

Qui travaille à distance et qui s’arrête. Nominativement si possible, par fonction sinon. Les règles de joignabilité et les rituels que cela suppose se décident à l’avance. Cela suppose d’avoir vérifié à l’avance ce qui est faisable depuis chez soi — et d’accepter que pour une partie de l’équipe, la réponse soit non.

Ce qui n’est pas rattrapé. Le point contre-intuitif, et le plus utile. Une équipe qui tente de tout rattraper accumule une dette qui pèse sur les semaines suivantes. Décider à froid quelles activités glissent sans conséquence évite de le décider sous pression, quand la tentation est de tout maintenir.

Ce qui se règle au moment de la réservation

Pour tout ce qui est programmé — une formation, un séminaire, un déplacement, une réunion avec des participants venus de loin — la clause de report se convient à la signature, pas le matin de l’alerte.

Cela vaut pour nos propres sessions : toutes nos formations réservées sur cette période sont assorties d’une clause de report convenue à la signature.

Trois lignes suffisent : dans quels cas le report s’applique, sous quel délai il est confirmé, et à quels frais. Une session interrompue au premier jour se reprend-elle au module suivant ou depuis le début ? Cette question a une réponse simple quand elle est posée en amont et devient un litige quand elle est posée après.

C’est une pratique que peu d’organisations appliquent, et l’argument contre est toujours le même : cela porte malheur, ou cela fait négatif dans une proposition commerciale. En réalité un prestataire qui aborde la question de lui-même signale qu’il connaît le terrain.

Le point d’attention humain

Un dernier élément, qui n’est pas logistique. Une alerte ne pèse pas de la même manière sur tout le monde : selon que l’on a des enfants dont l’école ferme, un parent âgé à domicile, un logement exposé, ou un trajet qui traverse une zone qui s’inonde.

Les personnes les plus contraintes sont aussi, presque toujours, celles qui demanderont le moins. Elles viendront, ou elles se débrouilleront en silence, et le manager n’apprendra rien.

Un changement de règles annoncé en octobre est reçu ; le même annoncé le matin d’une alerte ne l’est pas.

C’est la raison pratique — et non la raison morale — pour laquelle une règle explicite vaut mieux qu’une souplesse au cas par cas. Une souplesse accordée sur demande bénéficie à ceux qui demandent. Une règle écrite bénéficie à tout le monde, y compris à ceux qui ne diront jamais qu’ils en avaient besoin.

Questions fréquentes

Faut-il basculer en télétravail dès l'alerte ?

C'est une réponse possible et elle n'est pas automatique. Elle suppose deux choses vérifiées à l'avance : que le travail soit réellement faisable à distance pour les personnes concernées, et que l'électricité et la connexion tiennent, ce qui est précisément ce qu'un épisode météorologique met en cause. Un protocole sérieux prévoit donc deux niveaux : le travail à distance, et l'arrêt assumé quand les conditions ne le permettent pas.

Qui doit décider de l'arrêt d'une activité ?

Une personne nommée, et une seule, avec un remplaçant désigné. C'est le point le plus important de tout le protocole et le plus souvent laissé flou. Quand la décision n'a pas de propriétaire, chaque responsable décide pour son périmètre, les consignes se contredisent, et les collaborateurs appellent trois personnes pour obtenir trois réponses différentes.

Comment rattraper une journée perdue ?

En décidant à l'avance ce qui n'est pas rattrapé. C'est le contre-intuitif utile : une équipe qui tente de tout rattraper accumule une dette qui pèse sur les semaines suivantes. Nommer, dès la préparation, les activités qui glissent sans conséquence et celles qui doivent absolument être reprises permet de prendre la décision à froid plutôt que sous pression.

Faut-il éviter de programmer une formation pendant cette période ?

Pas nécessairement, mais il faut traiter la question au moment de la réservation. Une clause de report convenue à l'avance — dans quels cas, avec quel délai, à quels frais — transforme un incident en formalité. La même conversation tenue le matin de l'alerte se déroule mal pour tout le monde.

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